#Retour #maison #CULTURE #MUSIQUE #RAP [Critique ciné] Les étoiles vagabondes de Nekfeu (Ken Samaras et Syrine Boulanouar – 2019)

[Critique ciné] Les étoiles vagabondes de Nekfeu (Ken Samaras et Syrine Boulanouar – 2019)

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Aux antipodes de la musique urbaine et des propos haineux brut de pomme, Nekfeu dresse un portrait intime et poétique de son travail, en nous dévoilant les coulisses de la confection de son troisième album.
Autobiographie ayant atteint les 100 000 entrées en une seule soirée, c’est un “one shot” que réalise le jeune réalisateur dans le milieu cinématographique en dépassant les records d’audience des blockbusters américains. On y découvre ses périples inspirants à l’autre bout du monde, voyages synonymes d’exutoires. Avec la découverte des relations chanteur-compositeurs, le film devient complémentaire à l’album, les échanges entre artistes donnent du sens à chaque mélodie, chaque symphonie. Rare est la sincérité avec laquelle Nekfeu parle, sincérité unie à la sensibilité de ses propos, offrant une plongée prépondérante dans son esprit, dans ses passions. C’en est un privilège.
Un être humain en quête de sens, dans un univers encrassé par la vie. Défragmentation du monde par le prisme de ses mots, de sa vision du monde, Nekfeu critique la société : ​ »Chez tous les gens intelligents, ça rit jaune, de voir les dirigeants s’ériger en défenseurs de la morale, alors que « dirigeante », pour nos sœurs, c’est un mot rare. » Un ton acide additionné aux paroles crues du rap, Nekfeu dénonce la sphère politique avec des phrases incisives, montrant du doigt les pratiques sexistes dans le monde du travail ou encore l’inaction des gouvernements face aux dérèglements climatiques : “Les paysages sont désolés pourtant les hommes n’ont pas d’excuses.”Les étoiles vagabondes ​est engagé et effectue une prise de recul supplémentaire lorsqu’il s’agit d’analyser certaine séquences de l’actualité. Il guide notre regard en apportant une nouvelle manière de considérer les faits, en proposant un angle rationnel supplémentaire roboratif.
Au son rocailleux de la voix de Ken Samaras, lui qui détaille ses ressentis au cours de l’élaboration de son album, le documentaire met en lumière ses préoccupations financières, ses névroses les plus profondes. La sincérité avec laquelle il s’exprime, et le fait de pouvoir le voir agir dans son univers, confère le sentiment d’être un membre de sa famille. On comprend ainsi que la place de l’auditeur, du public, est importante au yeux du rappeur. Nekfeu se met à nu en demandant la plus grande des compréhensions. Complémentaire à l’album que l’on voit être élaboré à l’écran, le film offre un angle de réflexion qui nous permet d’apprécier d’une autre manière l’œuvre musicale du rappeur parisien. Mettre des images sur des mots, des paysages sur des propos, donne du relief à son travail musical. Tous devenons alors spectateur de sa vie.

Corentin Devernois

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