Acteur et réalisateur, Casey Affleck signe un second long-métrage en tant que réalisateur : Light of my life. Il met en scène une brillante odyssée métaphysique qui tient autant au film d’anticipation que de la réflexion sur la relation parent/enfant. Une superbe projection hors de l’espace et du temps qui captive le spectateur et le fait réfléchir à la vie, au monde.

Light of my life retrace l’histoire d’un père et de son enfant qui campent de forêt en forêt. L’enfant attire la curiosité de ceux qu’il rencontre. On apprend par le suite que ce père tente en fait de survivre avec sa fille suite à une pandémie qui a anéantie la moitié des femmes dans le monde. Pour survivre, le père décide de faire passer sa fille surnommée Rag pour un garçon, afin de ne pas se faire remarquer.

La scène d’ouverture est douce et discrète. Elle pose délicatement les enjeux du film grâce à un conte que le père chuchote paisiblement à sa fille. Mais la chose la plus révélatrice de cette scène est l’histoire qu’il raconte et comment il la raconte. Il commence par dire que l’histoire portera sur une jeune renarde. Au fil du conte, son compagnon, le renard, prend le rôle principal, et la renarde tombe dans l’oubli. Cette scène révèle que les hommes oublient les femmes et la moitié du temps, sans s’en rendre compte. Même lorsque les histoires sont supposées centraliser les femmes, ces dernières se retrouvent toujours en dehors. C’est une critique très forte. On comprend très vite que ce long-métrage est ouvert aux interprétations et qu’il n’a pas à tout expliquer pour que ses enjeux soient nets.

Pendant de longues périodes, Rag et son père sont les seuls humains que nous voyons. Les paysages sont magnifiques. Le décor est sensible à la dimension dramatique du récit. La nature paraît vide et terrifiante, les deux personnages sont réduits à néant. La palette de couleurs est contrôlée, tous les gris, les blancs pâles et les bruns. Les arbres, les ponts et les ruelles sont menaçants tout en étant accompagnés d’une certaine beauté. Le décor est l’une des réussites du film puisque grâce à ce dernier l’émotion ne naît pas seulement des péripéties ou de ce que dicte le script.

Le film révèle de beaux moments d’amour et de tendresse entre le père et sa fille. Ce dernier essaye de la faire rire, et de l’instruire malgré les difficultés qui les entourent. Rag regarde son père avec confiance, mais aussi d’un œil froid. Elle est un enfant et aussi un vétéran épuisé. Son père, tout aussi fatigué, travaille ses pensées sur ce que les hommes ont fait avec le monde et comment leur colère et leur solitude se manifestent de manière monstrueuse. Le récit qui tourne autour de ces deux protagonistes n’est pas lassant, et réussi à captiver jusqu’à la dernière seconde.

Les scènes sont crues, fortes et réelles. Notamment les scènes d’intimité entre l’enfant et son père, où l’amour et la peur se font ressentir de manière intense. Les scènes de combat entre le père et les hommes sont également fortes, particulièrement lorsque Rag sauve son père. Ce moment clé est sûrement un clin d’œil à la scène d’ouverture : contrairement aux apparences, le vrai héros n’est pas l’homme, mais bien la jeune fille. Light of my life n’est pas l’histoire du renard mâle, après tout. Il a toujours été question de la femelle renard.

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