Alors que l’on pourrait s’attendre à un Bollywood dégageant une symphonie de danses et de chant ; il est plutôt question de dénoncer la vie des femmes indiennes, trop souvent ignorée et bafouée. La Saison des femmes, sorti en 2016, évoque avec succès la rage de vie et de liberté de quatre indiennes d’aujourd’hui, magnifiquement interprétées.

Quatre femmes oppressées, quatre destinées dramatiques, mais une seule envie : la liberté. C’est au cœur de l’Inde, dans l’état du Gujura, que le destin réunit quatre jeunes femmes, qui connaissent à une vie ordinaire, jusqu’au jour où tout bascule et décident de faire entendre leur voix, en tant que femmes. Rani, veuve depuis ses 15 ans et condamnée à se vêtir de noir jusqu’à la fin de ses jours. Lajjo, une jeune femme battue par son mari parce que celle-ci est stérile. Bijili, qui a cru trouver son émancipation dans la prostitution. Enfin, Janaki, une jeune adolescente victime d’un mariage précoce, dont la préparation de celui-ci marque le commencement de l’histoire.
Vivant toutes dans un petit village, elles osent prendre la parole devant les hommes et remettre en question les pratiques ancestrales qui les asservissent, s’affichant ainsi comme des hors-la-loi. C’est en se basant sur leur amitié, leur désir de liberté et sur leur révolte tue, que les jeunes indiennes vont mener un dur combat pour l’égalité des sexes, risquant leur vies au passage. Un quatuor fort audacieux dont les actions ne cessent de susciter l’admiration.

Un débat féministe entre femmes, loin des hommes

Leurs caractères différents, leur vision de la vie et leur questionnements mènent les quatre jeunes femmes à se demander pourquoi l’ordre moral interdit aux femmes le plein droit et la liberté d’agir sans présence masculine. Si la liberté pour les femmes est réduite, il est aussi question des violences conjugales qu’elles subissent en silence. Entre les coups, les viols, le délaissement des maris envers leurs femmes et le manque de respect humain, le visage des quatre protagonistes déborde d’affliction et de douleurs enfouies, malgré les tissus colorés qui tentent de les cacher.

Comment ne pas être révolté lorsque le fils de Rani promet de se faire « rembourser », si sa future épouse (Janaki) n’est pas jolie ? Pourquoi la femme doit absolument avoir un enfant ? Comment ne pas être horrifié devant Lajjo, dont la peau est recouverte d’hématomes et qui, de plus, justifie tout de même par soumission le comportement de son mari violent ?

Cette remarque ouvertement posée par Bijili ouvre un débat humaniste et féministe sur la condition de la femme en Inde entre ces quarte femmes. Isolées sur des marches dans un décor des plus vastes, elles livrent leur émotions, mais aussi que leur rôle en tant que femmes, qui leur pèse et les attriste. Malgré l’accablement, le quatuor ne se laisse pas sombrer et continue de sourire, décidant qu’il faut préférer la vie, et la vivre pleinement.

N’hésitant pas à se toucher, se regarder sans cesse dans les yeux, et à se complimenter, elles complètent le vide d’amour et d’attention dont elles manquent cruellement, sans le reconnaître, ni même le voir. C’est en mettant l’accent sur des dialogues bruts et des gestes sans finesse que ce déploie une vraie énergie dans la mise en scène, une audace que l’on ressent comme authentique. Le jeu est parfaitement mené pour qu’on puisse au maximum se rendre compte de la gravité, des sentiments de ces femmes sacrifiées. Et d’un retard social conséquent, comme d’un retard sur l’humain, qui reste effroyable…

Agathe Abélard

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